Titi.M.Cerina
Titi M. Cerina est une artiste qui propose une esthétique de la rupture amoureuse et une pratique du drama. Tout y est amour et désunion, telle une Pieta de l’inconsistance de nos amours, du manque de bravoure dans ce monde déchiré qui a peur de sa propre ombre. La pratique de Titi M.Cerina entrelace la performance, le texte, l’installation. Elle tisse des récits et fait lien entre sa recherche plastique et l’écriture par la voix. Il y va d’une forme de correspondance infinie et perpétuellement inachevée avec elle-même et l’humanité toute entière afin de poser la question : qu’y a t il dans l’obscurité ? Comment sortir de cette enveloppe déceptive qu’est l’humanité ? Il est question d’inhumain.
Titi M. Cerina is an artist who offers an aesthetic of love rupture and a practice of drama. Everything is love and disunity, like a Pietà of the inconsistency of our loves, of the lack of bravery in this torn world that is afraid of its own shadow. Titi M Cerina’s practice intertwines performance, text, and installation. She weaves narratives and links her visual research with writing through the voice. It is a form of infinite and perpetually unfinished correspondence with herself and humanity as a whole, in order to ask the question: what lies in the darkness? How can we escape from this deceptive envelope that is humanity? It is a question of the inhuman.
Amour inhumains, corps inhumains (trop humains?). Le travail dialogue avec les dieux et déesses de toutes les époques, avec une prédominance de l’imagerie christique, des poètes maudits et du romantisme allemand, entre « la mémoire du sang » de Rilke et « le soleil noir de la mélancolie » de Gérard de Nerval. Il y a aussi une forte mémoire de l’histoire queer où vivre et mourir se côtoient comme deux âmes soeurs. L’oeuvre est éminemment référencée. Une pratique fait de voix et de lumière qui semble aspirer à la pureté essentielle, à l’immortalité, peut-être même au pardon. Là où seul le corps dit vraie, il s’agit de comprendre pourquoi il y a dans le corps des erreurs qui ne trompent pas et dans la pensée des certitudes erronées. L’oeuvre n’est pas une tentative de questionnement de l’identité, c’est une recherche d’incarnation.
Inhuman love, inhuman bodies (too human?). The work dialogues with the gods and goddesses of all eras, with a predominance of Christ-like imagery and the cursed poets of the 19th century, German Romanticism, Rilke’s “memory of blood” and Gérard de Nerval’s “black sun of melancholy.” There is also a strong memory of queer history, where living and dying coexist like two soul mates. The work is eminently referential. A practice made up of voices and light that seems to aspire to essential purity, immortality, perhaps even forgiveness, where only the body speaks the truth, understanding why there are errors in the body that do not deceive and erroneous certainties in thought. The work is not an attempt to question identity, it is a search for incarnation.
“TRIANGLE OF LOVERS EST PEUT-ÊTRE UNE TENTATIVE D’AMOUR INFINI (...) MON CORPS COMME VOTRE AMOUR ÊTRE DÉPOSSÉDÉE DE MOI, LAISSÉE ENTRE VOS MAINS, À VOTRE LIEN. J’ÉTAIS À VOUS. NOS AMOURS ANORMALES. J’AI PLEURÉ D’AMOUR DANS VOS YEUX. (...)”
L’écriture de Titi est une sérieuse fantaisie à la rigidité, qui joue de l’effleurement, de l’effluve d’un mot qui laisse une atmosphère, de l’allure d’une tournure de phrase qui n’a pas pour finalité d’avoir du sens. Titi M.Cerina se parle à elle-même pour dessiner les contours d’une confession, écrit des lettres pour rester inconsolée. Avec une forme de nostalgie d’une époque affectée, fluide et un peu trash, inconnue que lui sont les années 90, Titi M Cerina théâtralise le ton et aime le drame. Comme une mythologie en écriture, Titi M.Cerina fait résonner à plusieurs égard des figures qui sont comme des incarnations possibles de son inhumanité, des figures de la séduction, la blessure et de la fidélité. Les fleurs, les oiseaux, les chiens. La lumière vient en soleil couchant ou en lune rouge. La grammaire se dessine en clair obscur et seule semble véritablement importer la voix. Avant la matière il y avait le verbe.
Titi’s writing is a serious fantasy with a certain rigidity, playing on the touch, the scent of a word that leaves an atmosphere, the allure of a turn of phrase that is not intended to make sense. Titi M. Cerina talks to herself to sketch the outlines of a confession, writes letters to remain inconsolable. With a kind of nostalgia for an affected, fluid, and slightly trashy era, unknown as the 90s were, Titi M Cerina dramatizes the tone and loves drama. Like a mythology in writing, Titi M. Cerina evokes figures that are like possible incarnations of her inhumanity, figures of seduction, injury, and fidelity. Flowers, birds, dogs. The light comes from the setting sun or the red moon. The grammar is outlined in chiaroscuro, and only the voice seems to truly matter. Before matter, there was the word.
Le travail de Titi M.Cerina pose un filtre trans*humain sur le monde ; un filtre qui se vit toxique, qui fait lien, deuille les extinctions, veille les instabilités, accueille les séparations, chérit l’impur. « De quel amour pour les transformations avons nous besoin pour vivre au milieu des extinctions ? » nous dirait Emma Bigé et Clovis Maillet.
Titi M. Cerina’s work places a trans*human filter on the world; a filter that feels toxic, that connects, mourns extinctions, watches over instabilities, welcomes separations, cherishes the impure. “What kind of love for transformation do we need to live amid extinctions?” Emma Bigé and Clovis Maillet would ask us.