« Endless Incantations » – Lux Miranda
text by. Céline Poizat Sabari
Endless incantations est une entrée dans le monde. Nous y sommes. La pensée se déploie, le travail irradie, le trait prend matières.
Endless Incantations is an entry into the world. We are here. Thought unfolds, work radiates,
the line takes on substance.
Lux Miranda a une pratique intime du dessin. Aux creux de ses cahiers, l’artiste se détache des attendus, des normes, des injonctions et des assignations. Elle prend de la distance, elle observe dans une hyper-présence, elle trace les formes qui l’ont traversée. Il faut situer cette recherche dans une étude attentive et une pratique édifiante du dharma ; ces textes de la pensée philosophique asiatique qui ouvrent à une conduite consciente et concentrée. Il est question de se confronter au bruit incessant de notre intériorité, d’explorer le gouffre, d’affronter nos peurs, de goûter à la connexion et d’accepter l’impermanence de toute chose. Avec cette pratique quotidienne du dessin, Lux Miranda porte un regard sur ce que l’historien de l’art Aby Warburg nommerait ces « fantômes de formes », ces survivances qui nous habitent.
Lux Miranda has an intimate practice of drawing. In the folds of her notebooks, the artist
detaches herself from expectations, norms, injunctions, and assignments. She takes a step
back, observes in hyper-presence, and traces the forms that have passed through her. This
research can be situated within a careful study and an edifying practice of dharma, the texts
of Asian philosophical thought that open the way to conscious and focused behavior. It is a
matter of confronting the incessant noise of our inner selves, exploring the abyss, facing our
fears, tasting connection, and accepting the impermanence of all things. Through this daily
practice of drawing, Lux Miranda reflects on what art historian Aby Warburg would call
“ghosts of forms,” those remnants that inhabit us.
Les œuvres de Lux Miranda sont donc une traduction. La traduction de ses dessins intimes, associés, retravaillés, combinés, dans la matière. La traduction d’une tentative de prise de recul et d’élévation, une forme d’archéologie de son être, partant à la découverte d’artefacts obscurs. Il y a dans les œuvres comme un passage nécessaire par le corps mis à l’épreuve, afin d’encapsuler le temps et le geste, d’infiltrer une certaine dangerosité au fil de la mise en forme. La grammaire des formes renvoie tant à la contre-culture queer, au punk qu’à l’iconographie du haut moyen âge ou aux œuvres sacrées. Toutes indépendantes, les œuvres n’en sont pas moins connectées, liées par une inquiétante étrangeté. Lux Miranda se positionne en sculptrice, elle pense ses œuvres en espace, les agence dans une architecture courroucée imaginaire. L’œuvre fait récit.
Lux Miranda’s works are therefore a translation. The translation of her intimate drawings,
associated, reworked, combined, in the material. The translation of an attempt to take a step
back and rise above, a form of archaeology of her being, setting out to discover obscure
artifacts. In her works, there is a necessary passage through the body put to the test, in order
to encapsulate time and gesture, to infiltrate a certain danger as the work takes shape. The
grammar of forms refers to both queer counterculture and punk as much as it does to early
medieval iconography and sacred works. Although independent, the works are nonetheless
connected, linked by an unsettling strangeness. Lux Miranda positions herself as a sculptor,
conceiving her works in space and arranging them in an imaginary, furious architecture. The
work becomes narrative.
Aux pièces votives, les œuvres de Lux Miranda empruntent leur hermétisme. Elles nous imposent l’humilité et le lâcher prise. Avec ce syncrétisme assumé et par un détournement des arts dits « mineurs », Lux Miranda opère une conquête du terrain de la divagation, investit le territoire de l’abstraction. Il est question de formuler un imaginaire queer complexe qui se refuse à l’immédiateté du message, de transcender la colère, de se détacher du désir. L’abstraction devient un refuge, un espace poétique pour survivre à la tonitruance du monde. Un espace d’égarement où « ce monde nouveau » qu’évoque Monique Wittig pourrait commencer. Les formes, les matières et les couleurs sont ici un langage, une incantation sans fin, défiant l’ordre établi ; une échappée, pour faire advenir un filtre qui fait sentir le monde, autrement.
Votive pieces lend Lux Miranda’s works their hermeticism. They impose humility and
surrender on us. With this deliberate syncretism and by appropriating the so-called “minor”
arts, Lux Miranda conquers the field of digression and invests the territory of abstraction.
What is at stake isthe formulation of a complex queer imagination that refusesthe immediacy
of the message, transcends anger, and detaches itself from desire. Abstraction becomes a
refuge, a poetic space in which to survive the thunderous noise of the world. A space of
distraction where “this new world” evoked by Monique Wittig could begin. Forms, materials,
and colors constitute a language here, an endless incantation defying the established order;
an escape, to bring about a filter that allows us to feel the world differently.
La matérialité des œuvres n’est pas un détail anodin. Lux Miranda cherche un rapport physique aux pièces, tout en nous mettant à distance. Elle nous met face à notre lecture binaire du monde, réunissant la laine chaude, domestique et absorbante avec le métal froid, industriel, réfléchissant. Plus qu’une opposition c’est l’expérience d’un grand tout interdépendant, une même incantation qui se répète et résonne à chaque fois différemment dans la matière. Là où les tapisseries se parent de pics et révèlent leur adversité, les pièces métalliques dévoilent une sensualité par le travail d’iridescence de leurs surfaces. « Sombres et vraiment scintillantes, c’est à dire désirables » nous dit Romain Noel, dans une pensée de l’obscurité comme voie d’émancipation et de survie, qui trouve un écho tout particulier avec le processus créatif de Lux Miranda.
The materiality of the works is not a trivial detail. Lux Miranda seeks a physical relationship
with the pieces while keeping us at a distance. She confronts us with our binary reading of the
world, bringing together the warm, domestic, absorbent wool with the cold, industrial,
reflective metal. More than an opposition, it is the experience of a large, interdependent
whole, a single incantation that repeats itself and resonates each time in the material
differently. Where the tapestries are studded with spikes and reveal their adversity, the metal
pieces unfold their sensuality through the work of iridescence on their surfaces. “Dark and
truly sparkling, that is to say desirable” says Romain Noel, in a reflection on obscurity as a path
to emancipation and survival, which finds a particular echo in Lux Miranda’s creative process.
Enfin il y a dans les œuvres de Lux Miranda comme la réunion d’une fureur de vivre, une violente colère et la tempérance de celle qui a toujours-déjà commencé à comprendre. L’autrice américaine Dorothy Allison le résume si bien : « je pose un troisième regard sur ce que j’ai vu dans la vie – mon expérience condensée et réinventée de lesbienne (…) de la classe ouvrière, accro à la violence, au langage et à l’espoir, qui a pris la décision de vivre, qui est déterminée à vivre, sur le papier et dans la rue, pour moi et pour les miennes. ». Il est question de récupérer le regard qui réifie, d’échapper à l’assignation, de susciter le désir tout en refusant le toucher. En quelque sorte de porter un danger ? Sûrement. Pas celui de blesser, celui de survivre.
Finally, Lux Miranda’s works embody a combination of a lust for life, a violent anger, and the
temperance of someone who has always-already begun to understand. American author
Dorothy Allison sums it up so well: “I put on the page a third look at what I’ve seen—the
condensed and reinvented experience of a cross-eyed, working-class lesbian, addicted to
violence, language, and hope, who has made the decision to live, is determined to live, on the
page and on the street, for me and mine”. It’s about reclaiming the gaze that reifies, escaping
assignment, arousing desire while refusing touch. Is it, in a way, about carrying a danger?
Surely. Not the danger of hurting, but the danger of surviving.
“Parce que d’autres avant moi ont vécu ça et qu’ensemble nous avons la consistance de l’eau. Nous sommes éternelles et flexibles, adaptatives et résistantes et nous dansons de jours comme de nuit, comme la marée, car nous sommes sœurs de lune et pas de haine. Et toujours, toujours, nous serons là. ”
Endless Incantations, from. January 8th to February 21st 2026
Artist : Lux Miranda @lux_miranda
Gallery : The Pill @thepillofficial
Sound design & Video : Harmony Coryn @harmonycoryn
Text : Céline Poizat Sabari @nn_fctn