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Un concept

Vectofascisme

Le vectofascisme est un concept de Gregory Chatonsky qui reprend et complète la réflexion de Mckenzie Wark dans les années 2000 sur ce qu’elle a alors nommée la classe vectorialiste.

Vectofascism is a concept developed by Gregory Chatonsky that builds upon and expands on Mckenzie Wark’s reflections in the 2000s on what she then termed the “vectorialist class.”

Mckenzie Wark applique la lutte des classes à l’espace technologique internet en opposant une classe hacker créative (de codes, idées, concepts, informations) et une classe vectorielle qui s’approprie cette créativité au service d’une logique de surveillance et d’appropriation des ressources et des esprits. La théoricienne transféministe créer alors des alliances entre classes dominées, reliant les paysans, les ouvriers et les hackers contre les pastoralistes, les capitalistes et les vectorialistes (qui s’opposent eux dans une lutte de pouvoir). Cette analyse anticipée (2008!) des modalités politiques de notre ère contemporaine est remarquable et mérite d’être relue dans une perspective révolutionnaire.

Mckenzie Wark applies the concept of class struggle to the technological space of the internet by contrasting a creative hacker class (of code, ideas, concepts, and information) with a vectorial class that appropriates this creativity to serve a logic of surveillance and the appropriation of resources and minds. The transfeminist theorist then forges alliances among dominated classes, uniting peasants, workers, and hackers against pastoralists, capitalists, and vectorialists (who are themselves locked in a power struggle). This prescient analysis (from 2008!) of the political dynamics of our contemporary era is remarkable and deserves to be reexamined from a revolutionary perspective.

“Le fait que la classe vectorialiste ait remplacé le capital en tant que classe exploiteuse dominante est visible dans la forme que prennent les principales entreprises. Celles-ci se débarrassent de leur capacités productives, qui ne constitue plus une source de pouvoir. Elles s’appuient sur la concurrence d’une masse de fournisseurs capitalistes pour la fabrication de leurs produits. Leur pouvoir repose sur le monopole de la propriété intellectuelle - Brevets, copyrights et marques déposées, et des moyens de reproduire la valeur - les vecteurs de communication. ”
McKenzie Wark, Un manifeste Hacker, éditions météores, 2025 (2008), p.62

En 2025 Grégory Chatonsky reprend ce préfixe issu du langage technologique « vecto » pour forger le concept de vectofascisme, qui n’est pas un fascisme avec des outils technologiques mais une mutation du fascisme dans un contexte politique et social modifié à l’ère du numérique, un contexte de transformation structurelle de la manière dont s’exerce le pouvoir, s’organisent les corps, circulent les informations, se manipulent les affects.

Pour comprendre le vectofascisme il faut comprendre le langage des IA. Ce qu’est un vecteur. Ce qui fait continuité avec le fascisme et ce qui mute, nous rendant ainsi invisible ce nouveau fascisme opérant.

In 2025, Grégory Chatonsky adopted the prefix “vecto”—derived from technological jargon—to coin the concept of “vectofascism,” which is not fascism utilizing technological tools but rather a mutation of fascism within a political and social context transformed by the digital age—a context marked by structural changes in the way power is exercised, bodies are organized, information circulates, and emotions are manipulated.

To understand vectofascism, one must understand the language of AI—what a vector is. One must discern what remains consistent with fascism and what has mutated, thereby rendering this new, operating form of fascism invisible to us.

Un vecteur est une sorte de flèche qui suite le mouvement d’un pixel. C’est l’intelligence de l’IA. Elle ne code pas des idées mais des vecteurs. Elle ne sait pas ce qu’est conceptuellement un oiseau, elle sait ce que des milliers d’images numériques (ensemble de pixels) ont en communs pour coder mathématiquement les mouvements de pixels qui caractérisent un oiseau. Nous parlons donc des langages radicalement différents. L’ensemble de la connaissance de l’IA s’appelle la mémoire latente. Elle lui permet d’identifier un oiseau qu’elle n’a jamais vu, et de créer des oiseaux qui n’existent pas. Pour autant cette intelligence reste de la prédictibilité au regard du passé connu, elle est donc fluide mais produit une forte rigidité. L’IA est dans sa structure même conservatrice et réac’.

A vector is a kind of arrow that follows the movement of a pixel. This is the intelligence of AI. It does not encode ideas but vectors. It does not know what a bird is conceptually; it knows what thousands of digital images (sets of pixels) have in common in order to mathematically encode the pixel movements that characterize a bird. We are therefore talking about radically different languages. The entirety of AI’s knowledge is called latent memory. It allows AI to identify a bird it has never seen and to create birds that do not exist. However, this intelligence remains limited to predictability based on the known past; it is therefore fluid but produces a high degree of rigidity. AI is, in its very structure, conservative and reactionary.

Maintenant le vecto-fascisme c’est donc un fascisme imprégné des structures sociales et politiques modifiées par cette IA.
Il y a des des continuité avec le fascisme dans le culte des leaders, de manière totalement émotionnelle, la désignation de bouc-émissaires (pensée aux personnes trans qui survivent, partout, notamment aux USA) et une forme de fascination pour le futur.
Il y a aussi des spécificités qui le rendent imperceptibles, sournois même. Le vectofascisme n’opère plus une inscription idéologique sur les corps en masse, il manipule des attentions et des affects (en tant qu’intensité sociale) par des outils de micro-ciblage (vos fameuses « préférences » Instagram par exemple.). Il ne crée plus des images monumentales qui réunissent autour d’une idéologie, il dilue les messages dans une multitude d’images mais issues d’un méta-programme unique. Ainsi le vectofascisme n’impose plus une « orthopédie sociale » nous dit Chatonsky mais une « orthopédie cognitive » qui vise à orienter les impulsions, moduler (signal / bruit) les informations qui se transmettent et celles qui sont silenciées.

So vecto-fascism is a form of fascism permeated by the social and political structures altered by this AI.
There are continuities with fascism in the cult of leaders—in a purely emotional way—the designation of scapegoats (think of trans people who are surviving everywhere, particularly in the U.S.), and a kind of fascination with the future.
There are also specific characteristics that make it imperceptible—even insidious. Vecto-fascism no longer imposes an ideological stamp on the masses; instead, it manipulates attention and emotions (as social intensity) through micro-targeting tools (such as your so-called Instagram “preferences,” for example). It no longer creates monumental images that rally people around an ideology; instead, it dilutes messages into a multitude of images that all stem from a single meta-program. Thus, as Chatonsky tells us, vectofascism no longer imposes “social orthopedics” but rather “cognitive orthopedics,” which aims to direct impulses and modulate (signal/noise) the information that is transmitted and that which is silenced.

Aussi le vecto-fascisme s’inscrit dans la post-truth era, la question n’est plus vérifier une véracité factuelle mais de savoir si une information maximisera l’engagement attentionnel du public. Pour sa vision futuriste, il s’émancipe du grand récit historique qui légitimait les fascisme du XXe siècle (l’Antiquité etc.) pour s’épanouir plutôt dans le doute, le soupçon. Le vecto-fascisme n’a pas besoin de faire taire ce qui le contredit, il nivelle simplement les discours et rend inaudibles, indistincts les différends politiques. Il créer des bulles attentionnelles non poreuses avec les contre-récits. Le vecto-fascisme est structurellement, par ce qui caractérise l’intelligence vectorielle de l’IA, par son modèle mathématique (ie. L’extrapolation d’un agrégat de données pour construire une « vérité »), dans une pensée de mondes parallèles, adjacents, alternatifs et non plus vrai ou faux. Grégory Chatonsky qualifie aussi ce vecto-fascisme de « spectral » car il nie sa propre existence, «« Ce n’est pas du fascisme » tout en mettant en oeuvre ses mécanismes fondamentaux sous des noms différents. » (cf. « Ce n’est pas un génocide »…).

Thus, vecto-fascism is part of the post-truth era; the question is no longer whether a statement is factually true, but whether a piece of information will maximize the public’s attentional engagement. In its futuristic vision, it breaks free from the grand historical narrative that legitimized 20th-century fascism (Antiquity, etc.) to flourish instead in doubt and suspicion. Vecto-fascism does not need to silence those who contradict it; it simply levels the playing field of discourse and renders political disagreements inaudible and indistinct. It creates impervious attention bubbles that exclude counter-narratives. Vecto-fascism is structurally rooted—through the characteristics of AI’s vectorial intelligence and its mathematical model (i.e., the extrapolation of aggregated data to construct a “truth”)—in a conception of parallel, adjacent, and alternative worlds that are no longer categorized as true or false. Grégory Chatonsky also describes this vector-fascism as “spectral” because it denies its own existence: “‘This is not fascism,’ while implementing its fundamental mechanisms under different names. ” (cf. “This is not genocide”…).

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conférence de Grégory Chatonsky, à LUMA Arles

Pour autant le vectofascisme conserve une forme d’inscription dans la matière, qu’il tente de faire oublier, dans la dépendance de ses infrastructures numériques au ressources énergétiques et minérales ((terres rares, lithium, cobalt, etc.). On peut questionner Chatonsky a cet égard, qui s’il reconnait cette imbrication du vectofascisme avec des formes d’exploitations environnementales et géopolitiques, s’y attarde peu et surtout n’en décortique pas les sous-jacents post-coloniaux et racistes. Pour cela on peut se tourner vers la pensée de Norman Ajari et son technofascisme.

Nevertheless, vectofascism retains a certain material dimension—one it tries to obscure—in the dependence of its digital infrastructure on energy and mineral resources (rare earth elements, lithium, cobalt, etc.). One might question Chatonsky in this regard; while he acknowledges this intertwining of vectofascism with forms of environmental and geopolitical exploitation, he devotes little attention to it and, above all, fails to dissect its underlying postcolonial and racist dimensions. To do so, we can turn to the thought of Norman Ajari and his concept of technofascism.

à lire :

McKenzie Wark, Un manifeste Hacker, éditions météores, 2025 (2008)

Grégory Chatonsky, blog sur son site

Norman Ajari, Technofascisme, ed. Météores

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