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Un concept

Politiques sécuritaires du trauma

  • What ?
    Prendre des risques

Concept forgé par Myriam Bahaffou dans son récent essai Eropolitique, les politiques sécuritaires du trauma adresse une autocritique aux milieux militants éclairés pro-sexe que cotoîe l’autrice. C’est probablement une des réflexions les plus audacieuse et perturbante de l’autrice. Partant du principe que le consentement, dans toute l’étendue de ses applications dans les milieux pro-sexe est connu et appliqué, l’autrice propose de dépasser les pensée limitantes et réactionnaires de ces milieux censés proposer une pensée progressiste et audacieuse du rapport aux corps et l’exploration sexuelle.

A concept developed by Myriam Bahaffou in her recent essay Eropolitique, the security policies of trauma offers a self-critique of the enlightened pro-sex activist circles with which the author associates. It is probably one of the author’s most daring and disturbing reflections. Starting from the premise that consent, in all its applications in pro-sex circles, is understood and practiced, the author proposes to move beyond the limiting and reactionary thinking of these circles, which are supposed to offer progressive and daring ideas about the relationship to the body and sexual exploration.

Myriam Bahaffou forme là une critique de la suprématie du trauma et des personnes traumatisées sur les besoins, les pulsions et les relations entre personnes consentantes. Fidèle à sa pensée de l’impur, l’autrice explique que si le trauma est évidemment important et à prendre en considération il devient actuellement une chape de plomb qui instaure un climat de méfiance et de crainte mutuelle. Par « politique sécuritaire » l’autrice fait référence au terme anglicisé de « safe » mobilisé constamment par les milieux pro-sexe, rappelant que « safe » signifie sécuritaire et qu’en français ce terme s’éloigne bien des utopies libertaires invoquées par les milieux pro-sexe.

Myriam Bahaffou criticizes the supremacy of trauma and traumatized individuals over the needs, impulses, and relationships between consenting adults. True to her belief in impurity, the author explains that while trauma is obviously important and must be taken into consideration, it has become a heavy burden that creates a climate of mistrust and mutual fear. By “security policy,” the author refers to the Anglicized term “safe,” which is constantly used by pro-sex circles, pointing out that “safe” means security and that in French this term is far removed from the libertarian utopias invoked by pro-sex circles.

“Les politiques sécuritaires du trauma sacralisent l'expérience du trauma jusqu'au point où se dernier définit essentiellement les individus. Par conséquent, le seul paradigme devient nécessairement celui de la sécurité.”
Myriam Bahaffou

En regard de cette critique Myriam Bahaffou en appelle à des politiques risquées du trauma. Elle ne nie pas l’évidence du traumatisme chez la quasi-totalité des individus de nos société patriarcales, mais elle politise l’exploration du trauma afin non plus d’atteindre un idéal de soin et de guérison, mais la possibilité de vivre avec. La politique risquée du trauma inverse le rapport de force, il ne s’agit pas de savoir si je suis traumatisée ou si je vais être traumatisée à nouveau mais est-ce que j’ai assez confiance en mon*a partenaire pour prendre le risque de revivre, d’explorer, de défier mon trauma. La critique a cela d’interessant qu’elle permet une porte de sortie pour une société de la méfiance, traumatisée et bloquée dans ses interactions genrées. À la place du refus en bloc et de la sidération Myriam Bahaffou fait un éloge de la relation et de la confiance. Elle personnalise la responsabilité et redonne aux traumatisé*es le pouvoir de vivre et non de se venger en figeant toute possibilité de relation.

In response to this criticism, Myriam Bahaffou calls for risky trauma policies. She does not deny the evidence of trauma in almost all individuals in our patriarchal societies, but she politicizes the exploration of trauma so that the goal is no longer to achieve an ideal of care and healing, but rather the possibility of living with it. The risky politics of trauma reverses the balance of power. It is not a question of whether I am traumatized or whether I will be traumatized again, but whether I trust my partner enough to take the risk of reliving, exploring, and challenging my trauma. What is interesting about this critique is that it offers a way out for a society that is mistrustful, traumatized, and stuck in its gendered interactions. Instead of outright rejection and shock, Myriam Bahaffou praises relationships and trust. She personalizes responsibility and gives traumatized people back the power to live, rather than seek revenge by freezing any possibility of a relationship.

Pour Myriam Bahaffou la relation est un risque à prendre. La question n’est pas ce que je vais vivre mais avec qui. L’aventure peut alors vraiment commencer.

For Myriam Bahaffou, relationships are a risk worth taking. The question is not what I will experience, but with whom. Then the adventure can truly begin.

à lire :

Myriam Bahaffou, Éropolitique, Écoféminismes, désirs et révolution, éditions Le Passager clandestin, 2025

Myriam Bahaffou, « Ni réparation, ni domination : pour des sujets politiques a-réparables. » in Manifesto XXI, Comment s’aimer quand c’est la fin du monde?, éditions trouble, 2025

Adrienne Maree Brown, Pleasure Activism. The Politics of Feeling Good, AK Press, 2019

Saraj Schulman, Le conflit n’est pas une agression. Réthorique de la souffrance, responsabilité collective et devoir de réparation, édition B42, 2021

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