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Un concept

Fémonationalisme

  • What ?
    Au nom des femmes

Le fémonationalisme est un concept proposé par Sara R. Farris en 2017 dans son ouvrage In the Name of Women’s Rights – the rise of Femonationalism (traduit depuis en français en 2021). Contraction nationalisme féministe et fémodémocrates, il réunit par là une pensée nationaliste et une institutionnalisation (et une mollesse ? coucou les social-démocrates) du féminisme. En un mot le fémonationalisme est l’instrumentalisation de la cause des femmes à des fins nationalistes, et disons les termes, racistes (sans toujours se l’avouer).

Femonationalism is a concept proposed by Sara R. Farris in 2017 in her book In the Name of Women’s Rights – the rise of Femonationalism (translated into French in 2021). A contraction of feminist nationalism and femodemocrats, it combines nationalist thinking with the institutionalization (and softness? hello social democrats) of feminism. In a nutshell, femonationalism is the exploitation of women’s issues for nationalist and, let’s be honest, racist purposes (without always admitting it).

Les nombreux débats sur le port du voile et l’abaya en sont des exemples archétypes faits d’une bien-pensance sur la condition féminine, de la création d’une forme de féminisme « républicain » et l’exclusion totale des femmes concernées du débat. Le fémonationalisme a pour réthorique habituelle l’idée que la cause des femmes serait mieux servie si elle était pensée en relation avec une politique migratoire ferme. Alimentant par là l’idée de l’étranger dangereux, de la religion oppressive comme seul point d’attention pour faire avancée les causes féministes. Il s’agit de « libérer les femmes » non pas des hommes mais de certains hommes, racisés et musulmans en général.

The numerous debates on the wearing of the veil and the abaya are archetypal examples of this, based on right-thinking about the status of women, the creation of a form of “republican” feminism, and the total exclusion of the women concerned from the debate. Femonationalism typically argues that women’s causes would be better served if they were considered in relation to a firm migration policy. This fuels the idea of the dangerous foreigner and oppressive religion as the only focus for advancing feminist causes. It is about “liberating women” not from men but from certain men, who are generally racialized and Muslim.

“Les campagnes fémonationalistes sont, précise Farris, inséparables de la reconfiguration du travail dans les années 1980, particulièrement dans l'industrie du soin à la personne. ”
Françoise Vergès, Un féminisme Décolonial, ed. La Fabrique, p85.

Sara R.Farris souligne un point essentiel : cette pensée politique pleine de bons sentiments est inséparable de l’ouverture du marché du travail aux femmes blanches dans les années 1980. L’argument d’une forme de « civilisation » des femmes racisées immigrées dont l’émancipation passerait par le travail sert la possibilité d’accès au marché du travail tertiaire aux féministes blanches qui ont besoin d’assistantes ménagères, de nounous, d’aides à domiciles etc. Françoise Vergès reprend l’argument et va plus loin, le fémonationalisme ne nait pas dans les anénes 1980 mais dès les années 1960 avec l’instauration du même type de réthoriques dans les Antilles françaises au travers du programme du BUMIDOM (visant à faciliter l’émigration des femmes racisées vers la métropole afin de devenir employées de maison, tout en contrôlant leurs fertilité et leurs mouvements migratoires).

Sara R. Farris highlights a key point: this political thinking, full of good intentions, is inseparable from the opening up of the labor market to white women in the 1980s. The argument that immigrant women of color need to be “civilized” through work serves to give white feminists who need housekeepers, nannies, home help, etc. access to the service sector job market. Françoise Vergès takes up this argument and goes further, femonationalism did not emerge in the 1980s but as early as the 1960s with the introduction of the same type of rhetoric in the French West Indies through the BUMIDOM program (aimed at facilitating the emigration of racialized women to metropolitan France to become domestic workers, while controlling their fertility and migratory movements).

Le problème de ce concept est multiple et commence dans le racisme latent qu’il sous tend. Il ne faut pas nier la problématique de la radicalisation de certains individus pour des causes culturelles ou religieuses (pensée aux femmes qui n’avorteront jamais sur décision d’un mari français pro-vie intégriste). La lutte féministe contre les idées rétrogrades imposées aux corps des femmes a encore du chemin à faire.

Mais le point d’attention qu’il faut garder en tête est ce qui se passe en creux. Qu’est ce que ce concept nie, oublie, relativise ? Ce que le fémonationalisme dit c’est : que les femmes racisées et.ou religieuses ne sont jamais considérées comme des sujets pensants et politiques, que la cause féministe des femmes blanches serait arrivée à son terme et que l’égalité homme-femme serait acquise pour les « bon*nes français*ses », que les hommes blancs et bien français ne sont pas un problème (coucou Gérard, Patrick, Christophe, Luc, Roman, Ary, les hommes du procès Mazan. etc. etc.). L’enjeu de lutte sur ces concepts réside presque moins dans ce qu’ils disent que dans ce qu’ils omettent et laissent à penser. L’enjeu féministe n’est pas dans la contre-argumentation mais dans la mise à l’agenda des vrais sujets.

The problem with this concept is multifaceted and begins with the latent racism it implies. We must not deny the issue of radicalization of certain individuals for cultural or religious reasons (think of women who will never have an abortion because of the decision of a French husband who is a pro-life fundamentalist). The feminist struggle against retrograde ideas imposed on women’s bodies still has a long way to go.

But the point to keep in mind is what is happening behind the scenes. What does this concept deny, forget, or relativize? What femonationalism says is: that women of color and/or religious women are never considered thinking and political subjects, that the feminist cause of white women has come to an end and that gender equality has been achieved for “good French people,” that white, French men are not a problem (hello Gérard, Patrick, Christophe, Luc, Roman, Ary, the men in the Mazan trial, etc., etc.). The challenge in fighting these concepts lies less in what they say than in what they omit and leave unsaid. The feminist challenge is not in counter-arguing but in putting the real issues on the agenda.

À lire :

Sara R. Farris, « fémonationalisme »: les instrumentalisations racistes du féminisme, Ed. Syllepse, 2021

Françoise Vergès, Un féminisme colonial, Ed. la fabrique, 2019

👀 :

Sara R. Farris, In the Name of Women’s Rights – the rise of « Femonationalism », 2017

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